LA MORT INVITE À LA MÉTAMORPHOSE

« – Grand-mère, comment puis-je surmonter ce terrible deuil ?

– La mort, mon enfant, n’est pas à surmonter. Elle est à voir. Quand elle arrive dans notre existence, elle nous fait vivre le non visible. Que nous éloignons tant de nos journées en voulant à tout prix remplir les insuffisances, les vides, le silence, les absences. Au lieu de les célébrer. Pour ce qu’ils sont et apportent. La mort vient donner de la valeur à ce monde caché.

– Mais j’ai perdu une partie de moi-même…

– Tu ne l’as pas perdue. Apprends à ouvrir les yeux de l’âme pour la voir encore. Sans corps maintenant, cette partie est encore plus proche de toi, elle est entrée en toi, elle peut battre avec ton cœur. Mais tu t’obstines à la rechercher avec les yeux du corps. Et ce faisant, tu perds la vision la plus importante. Celle qui te permet de voir l’invisible…

– J’ai du mal à croire en l’invisible.

– Même l’amour ne peut pas être touché, mon enfant. Pourtant c’est le centre de toute l’existence…

– C’est différent, grand-mère. Avant je pouvais embrasser cette personne, plus maintenant !

– Maintenant tu vas devoir ouvrir d’autres bras. Plus larges, plus subtils, plus profonds : les bras de ton cœur. Si la vie a voulu te faire vivre cet événement c’est parce que c’est précisément dans cet événement qu’il y a un trésor, rien que pour toi. Que tu ne trouveras pas tout de suite. Tout grand trésor vient après un voyage héroïque. Le tien vient de commencer.

– Comment vivre sans sa présence ?

– C’est dans le vide que naît la révolution de nos âmes. Commence ce chemin avec toutes les larmes, la colère et le désespoir que tu as à l’intérieur. Mais emporte aussi la confiance dans l’invisible. Et à partir de maintenant, fais attention : la mort t’a réveillé. Elle sèmera sur ton chemin des cailloux symboliques que tu devras saisir pour apprendre à célébrer la fin comme on célèbre le début. Parce qu’en fait, l’existence est un cercle qui ne se termine ni ne commence. La mort est une transformation. La naissance est une transformation. Nous sommes appelés à vivre une transformation continue.

– C’est tellement dur, grand-mère !

– Il est plus difficile de se forcer à rester immobile que de se transformer. Cela nécessite une énergie colossale.

Laisse-toi plutôt emporter par le fleuve de la transformation. Et tes yeux intérieurs s’ouvriront. Tu ne verras plus la mort alors. Mais une métamorphose continue. En toi et au-delà de toi. »

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